Villa Danckaert

Rue Meyerbeer 29-33
Forest

Typologie(s)
Villa
Date(s)
1922
Commanditaire(s)
Jean Danckaert, ingénieur
Statut
Classé
Source(s)

ACF/Urb. 7076 (1920), 7498 (1922) / L’Émulation, 1925, 4, pl. 13-14

C’est en 1922 que Jean-Baptiste Dewin signe l’un des chefs d’œuvre de sa période Art Déco : une villa pour l’ingénieur Jean Danckaert, industriel prospère et propriétaire d’une usine de production de machines-outils à Anderlecht. C’est assurément, avec l’hôtel Riez à Molenbeek-Saint-Jean, l’une des œuvres majeures de l’architecte sur le terrain de l’architecture privée dans l’entre-deux-guerres, et aussi l’une de ses collaborations les plus emblématiques avec Joseph De Coene.

À la fois hôtel de maître, villa et « campagne », cette vaste demeure sous toiture mansardée se développe sur trois façades, une à rue marquée d’une lucarne-pignon trapézoïdale pour faire le lien avec les maisons voisines, les autres développées vers la roseraie et le grand jardin de plus de 30 ares. Briques orangées et bandeaux de pierre blanche alternent sur toutes les façades, caractéristique qui sera désormais appliquée sur pratiquement toutes les maisons bourgeoises et villas Art Déco de l’architecte. À l’arrière, une grande terrasse couverte organisée comme une pergola, soutenue par de solides colonnes en pierre blanche trapues, permet de bénéficier d’une vue panoramique sur le grand jardin, parcouru d’allées en cercles. La majorité des baies sont garnies de hautes impostes flanquées de vitraux aériens en forme de bandeaux verticaux figurant des oiseaux sur fond de cerises ou de feuilles de cerisier.

L’entrée de la villa côté rue, surmontée d’un auvent en pierre bleue, présente une porte à petits-bois percée de verres américains avec décor central de guirlandes de fleurs que l’on retrouve au niveau des baies d’imposte. Elle donne d’abord accès à un petit hall dallé de marbre rose veiné, où l’on remarque un radiateur dont la grille métallique est garnie de volutes et de grappes de raisins. Ce premier hall donne sur une grande porte vitrée à imposte avec des vitraux aux motifs de feuilles mordorées. Cette porte ouvre sur un grand hall surplombé d’un lanterneau rectangulaire qui l’éclaire naturellement. On y découvre l’escalier principal en chêne et sa galerie haute suspendue. À droite de ce hall s’ouvrent successivement le salon donnant sur la rue et la salle à manger. Ces pièces sont séparées par une grande baie vitrée dont la porte centrale est ornée de vitraux à motifs de feuilles mordorées. Les murs du salon sont capitonnés de soie bleue tendue en partie supérieure et garnis de lambris en palissandre pour le reste. La cheminée du salon est en marbré rosé, en anse de panier et ornée d’un petit motif central en bronze figurant un panier de fleurs. C’est exactement la même cheminée qui sera placée par les Ateliers De Coene en 1934 dans le restaurant De Zilveren Pauw à Bruges, dans un décor de lambris de style Biedermeier fort proches de ceux de l’hôtel Danckaert (cfr SWIMBERGHE, P., « De Coene in Brugge », Art De Coene, jaarboek 3, 2002).

La salle à manger de l’hôtel Danckaert est presqu’entièrement recouverte de lambris de chêne foncé ponctués de fins filets d’ébène noir et s’achevant en entablement à mutules. La pièce est dotée d’une resplendissante cheminée en marbre vert dont le centre est orné d’un bronze à motif de roses et le manteau d’un bas-relief en bronze figurant une déesse antique sur un char tiré par un cheval cabré. Les encadrements des baies du salon à rue sont ponctués aux angles par de grands cordons en guirlandes, en bois plus foncé.

Les lambris et portes de l’hôtel Danckaert sont le témoignage de la toute première réalisation par les Ateliers De Coene de la technique du triplex que Joseph De Coene avait découverte lors de son voyage aux États-Unis avec Jean-Baptiste Dewin en 1921, un an avant la réalisation de la villa. Il s’agit d’une technique industrielle de fabrication de bois de placage collé par trois couches superposées en croix.

Des clichés d’époque de l’intérieur, conservés longtemps dans la famille du premier commanditaire, ainsi que des échantillons mis à nu sur certaines portions des murs, permettent de se faire une idée des papiers peints d’origine. Très sombres, ceux de la salle à manger évoquent des inflorescences de glycines dans un décor végétal stylisé aux tonalités vertes et bleu foncé. Dans la cage d’escalier monumentale, les hauts et larges murs ont quant à eux été recouverts d’un papier peint figurant des vasques, fontaines et décors végétaux de grande ampleur, dans des tons foncés violet, vert et jaune, évoquant les grandes toiles décoratives des Nabis.

Ce ne sont pas que les meubles fixes par destination dont la réalisation est confiée aux Ateliers De Coene de Courtrai mais également tout le mobilier du salon et de la salle à manger. C’est ainsi qu’au début des années 1920, la firme courtraisienne commercialise une salle à manger avec une grande table aux angles courbes de près de deux mètres de long, accompagnée de ses six chaises à dos à volutes, sous l’appellation « Danckaert », du nom du premier commanditaire de ces meubles, un parent proche de l’industriel. On peut encore trouver sur le marché de l’art l’une ou l’autre table de ce modèle, marquée au dos « Danckaert » ou « Dan ». Les propriétaires actuels ont ainsi pu acquérir une salle à manger complète, qui retrouve ainsi adéquatement sa place.

Les grilles métalliques des cache-radiateurs à motif de spirales sont identiques à celles de la villa courtraisienne de Marcel Brunein, le directeur financier des ateliers De Coene.

Enfin, on retrouve dans l’hôtel Danckaert des éléments décoratifs bien présents dans la maison personnelle de Dewin, au no 151 de l’avenue Molière, comme les vitraux à marabouts et branches de cerisier ou les lambris en chêne de la salle à manger.

La cuisine présente tout le confort disponible à l’époque : murs carrelés, buffets avec portes vitrées en partie supérieure, radiateur avec chauffe-plat intégré, monte-charge, etc.

En alliant élégance, confort et sobriété, les décors de l’hôtel Danckaert, qui seront répliqués dans la villa de Marcel Brunein à Courtrai en 1924, ravivent l’esprit du style Biedermeier autrichien de la seconde partie du 19e siècle, en vogue dans les années 1920 à New York, où le duo Dewin-De Coene a pu les découvrir en 1921, juste avant de concevoir les décors de l’hôtel Danckaert.

À l’étage se succèdent la chambre des propriétaires, un boudoir donnant sur le jardin et une salle de billard. Quant à la salle de bain, elle offre un double lavabo sur pied et les murs sont recouverts de carrelages de couleur ocre. Le palier mène à un escalier de service pour les domestiques ; toutes les portes présentent des insertions de vitraux avec feuilles mordorées, en bandeaux horizontaux ou verticaux. Le palier présente aussi un meuble de rangement intégré à la rampe de l’escalier principal.

Extrait de l’article inédit de Benoît Schoonbroodt, Jean-Baptiste DEWIN (1873-1948), mai 2026

 

Typologie(s)
Villa
Date(s)
1922
Commanditaire(s)
Jean Danckaert, ingénieur
Statut
Classé
Source(s)

ACF/Urb. 7076 (1920), 7498 (1922) / L’Émulation, 1925, 4, pl. 13-14

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